Baisse du pouvoir d’achat des retraités : mythe ou réalité ?

Baisse du pouvoir d'achat des retraités : mythe ou réalité ?

Les partenaires sociaux viennent de décider d’élargir de 0,2% à 0,5% la sous-revalorisation des pensions des retraités du secteur privé. Autrement dit, avec une hausse des prix mesurée par l’Insee à + 1,5 % pour l’année en cours, le pouvoir d’achat des retraités devrait baisser. En effet, les retraités ne pourront compter pour les prochains mois que sur une revalorisation de 1 % de leurs pensions de retraite.

Laquelle ne compense donc pas l’inflation. On comprend alors que des manifestations de retraités puissent avoir lieu un peu partout en France, ces jours-ci. Mais, qu’en est-il exactement ?

Y a-t-il réellement une baisse du pouvoir d’achat des retraités ? Pour le savoir, il faut commencer par s’intéresser de près aux ressources et aux dépenses d’un retraité. C’est-à-dire à son budget.

 

Quel est le budget d’un retraité ?

Une sous revalorisation annuelle des pensions de retraite est une chose, une baisse du pouvoir d’achat des retraités en est une autre. Car tout dépend de ce qu’on mesure et de la manière dont on fait cette mesure.

Revenu moyen d’un foyer de retraité(s)

Dans une enquête réalisée en avril 2021 par Senior Alliance et l’Institut CSA, près de 70 % des retraités ont le sentiment que leur pouvoir d’achat a baissé.

Mais, quand on regarde dans le détail, la moitié des retraités interrogés considère que cette baisse est inférieure à 15 %. Et même, près de 60 % pensent qu’elle n’interviendra seulement que dans les années à venir.

On comprend d’autant mieux ce résultat, quand le même sondage précise que le revenu moyen de son échantillon, censé être représentatif de 15 millions de retraités français, serait de l’ordre de 2199 € par mois. Soit 1583 € pour un retraité seul et 2625 € pour un couple.

La DREES comptabilise pour sa part 16,2 millions de retraités de droit direct, résidents en France, avec un niveau de retraite moyen de 1503 €.

Revenus des retraités autres que les pensions de retraites

En fait, le résultat de Senior Alliance n’a rien d’étonnant. En effet, l’enquête prend en compte tous les revenus perçus par les retraités et pas seulement leurs pensions de retraite. Or, comme le font remarquer les enquêteurs, entre autres, 12 % des enquêtés bénéficient d’un cumul emploi retraite.

Et ce n’est pas tout. Par ailleurs, près des 2/3 sont propriétaires de leur logement. Voire même, pour 14 % d’entre eux, sont propriétaires d’une résidence secondaire..

Et quand, en plus, on s’intéresse aux retraités de plus de 75 ans, la même enquête note que 16 % d’entre eux ont fait un héritage de 68 000 € en moyenne.

De sorte que, finalement, près de 50 % des retraités sont en mesure d’épargner autour de 3000 € par an.

Par conséquent, l’évolution du pouvoir d’achat des retraités doit être évaluée globalement et son analyse ne pas être seulement limitée à l’examen de la seule évolution des pensions de retraite.

 

Baisse du pouvoir d’achat des retraités

Cependant, plus un retraité dépend de ses pensions de retraite pour vivre, plus son ressenti d’une baisse de son pouvoir d’achat augmente mécaniquement. Ce ressenti résulte à la fois de la baisse tendancielle du niveau des retraites et de l’augmentation sensible des dépenses contraintes.

 

Baisse tendancielle du niveau des pensions de retraite

On note que depuis une dizaine d’années, le cumul des sous-revalorisations s’est traduit par une non prise en compte de l’inflation de l’ordre de 50 %. Ce qu’on peut traduire par une baisse du pouvoir d’achat du même ordre. Pour ce qui est, bien sûr, des seules pensions de retraite.

D’où ce sentiment de lassitude, voire de désespoir, souvent exprimé par les retraités quand ils disent :

On tire toujours vers le bas, est-ce que ça va s’arrêter un jour ?

 

Hausse continue des dépenses contraintes

Que faut-il entendre par dépenses contraintes ? Ce sont les dépenses qu’on est obligé de faire comme, par exemple, les dépenses d’alimentation, d’assurance habitation ou encore d’énergie. Ces derniers postes sont d’ailleurs ceux qui arrivent aux tout premiers rangs des dépenses des retraités.

On comprend d’emblée pourquoi toute hausse des prix de l’un ou l’autre de ces postes a un impact d’autant plus considérable sur le pouvoir d’achat des retraités que ceux-ci n’ont pour revenus que leurs pensions de retraite.

Hausse des prix à la consommation sur un an au 31 août

Or, force est de constater que les prix alimentaires, ceux des assurances et ceux de l’énergie n’ont cessé d’augmenter au cours des dernières années. Ce que ne reflète pas l’évolution de l’indice des prix à la consommation (IPC) mesuré par l’Insee et donné pourtant à 1,9 % sur un an, au 31 août 2921.

Car, dans le même temps, pour ce qui est de l’alimentation, par exemple :

  • La hausse des produits frais a été de 6,8 %.
  • Ceux des légumes de 11,3 %.
  • Et ceux des fruits frais de 4,2 %.

Quant à l’énergie, les factures risquent tellement d’être « chaudes » que le gouvernement vient d’intervenir pour plafonner provisoirement à 4 % la hausse des tarifs réglementés de l’électricité et d’augmenter de 100 € le montant de son chèque énergie. Le fait est que :

  • Les prix du gaz naturel ont augmenté, en août, de 31,2 %.
  • Ceux des produits pétroliers de 16,9 %.
  • Et ceux de l’électricité de 2,2 %.

Pour ce qui est de l’évolution du prix des assurances habitation, celui-ci est en hausse constante, souvent proche de +5% par an. En effet, le prix d’une assurance habitation est calculée en fonction de l’évolution de l’indice du coût de construction de la Fédération Française du Bâtiment. Et celui-ci ne fait qu’augmenter depuis plusieurs années.

 

La baisse du pouvoir d’achat des retraités : un mythe et une réalité

La baisse du pouvoir d’achat des retraités est une réalité pour les retraités qui ne disposent pour vivre que de leur retraite et à plus forte raison si celle-ci est au niveau minimum. D’où la nécessité encore plus forte de la calculer sans vraiment rien oublier. Et notamment, de faire soigneusement le calcul de ses trimestres !

A noter, toutefois, que la quasi-disparition de la taxe d’habitation a eu un effet modérateur certain sur la baisse du pouvoir d’achat des retraités, même les plus modestes.

Cela dit, cette baisse est beaucoup moins une réalité, et même, dans certains cas, est carrément un mythe, quand les revenus des retraités dépendent largement d’autres sources que celles des pensions de retraite qu’ils peuvent percevoir.

En effet, dans ce cas, si ces ressources hors pensions sont suffisamment significatives, et bien choisies, elles peuvent effacer la baisse relative des pensions de retraite. Et même faire plus que la compenser !

Il en est ainsi de revenus supplémentaires tels que, entre autres, ceux provenant d’un investissement locatif dont le rendement se situe couramment autour de 4 % par an. Ou encore, ceux résultant de plus-values mobilières ou immobilières.

En bref, le seul suivi de la revalorisation annuelle des pensions de retraite n’est pas suffisant pour faire une juste appréciation de l’évolution du pouvoir d’achat des retraités. D’autres indicateurs doivent le compléter et le pondérer. Comme, par exemple, le poids respectif de chacun des segments seniors.