Conséquences de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat des retraités

Conséquences de la hausse des prix sur le pouvoir d'achat des retraités

On n’avait jamais vu ça depuis des lustres. La hausse des prix a été, en France, de 4,8 % en avril. Et ça va continuer ! Pour François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France qui intervenait récemment au forum de Davos, avec la guerre en Ukraine, rien de plus normal.  « Nous savions que cela signifierait moins de croissance, plus d’inflation, mais d’une certaine façon, c’est le prix à payer pour défendre nos valeurs, pour défendre l’Ukraine et sa liberté » a-t-il dit au micro de France Info, le 23 mai dernier.

Moyennant quoi, en attendant la revalorisation de leur pouvoir d’achat par des mesures de hausse des salaires, la distribution de chèques inflation, l’indexation de leurs pensions de retraite ou l’augmentation du minimum vieillesse, les Français les moins bien lotis en sont réduits à actionner le système D et au pire, à saisir la commission de surendettement dont ils dépendent. Gageons que dans ce dernier cas, comme elle est un service assuré par les succursales locales de la Banque de France, elle saura se montrer compréhensive.

Mais, au fait, qu’en est-il exactement ? A quoi faut-il s’attendre ? Et que peut-on faire ?

 

Bilan et perspectives pour les retraités de l’inflation en France

Une inflation qu’on n’a pas vu depuis longtemps

Qu’on prenne les constats dressés par l’Insee, le FMI, ou qui que ce soit d’autre, le résultat est le même, rien ne va plus sur le front de l’inflation.

Pour la France, la dernière estimation, celle de l’Insee, fixe l’inflation à 4,8 % en avril. C’est beaucoup quand on s’est habitué à des taux très faibles pendant des années. Bienfait incontestable de la mondialisation ! Mais, c’est encore bien peu quand on regarde plus loin et plus large.

L'Insee fixe l'inflation à 4,8 % en avril
L’Insee fixe l’inflation à 4,8 % en avril

D’abord, pour l’Insee même, ce taux pourrait bien passer à 5,2 % en mai, puis à 5,4 % en juin. Si on continue sur cette lancée, à quel niveau arrivera-t-on à la fin de l’année ? Sera-t-on à 6 ou à 7 % ?

Minoration probable de l’inflation en France

Plusieurs indices, en tout cas, laissent penser qu’on est loin, très loin même, d’en avoir fini avec ce nouveau phénomène. Et il y a vraiment de quoi s’en inquiéter.

Tout d’abord, si on oublie l’Insee et qu’on ne s’intéresse qu’au panier type de la ménagère, comme celui constitué par Jean-Paul Chapel pour Antenne 2, la hausse n’est plus de 4,8 % en un an, mais d’ores et déjà de 5,6 %.  Et encore, ne s’agit-il que d’une moyenne qui dissimule d’importantes disparités. Comme on peut le voir ci-après en cliquant sur le QR Code à partir de l’appareil photo de son smartphone.

Si on prend par exemple le prix des pâtes, élément on ne peut plus essentiel de l’alimentation, la hausse est de près de 20 % pour les grandes marques et de plus du double, soit 43 %, pour les « premiers prix » !

Généralisation de l’inflation au monde entier

Ce phénomène est-il propre à la France ? Même pas ! Et c’est même pire quand on s’intéresse aux autres pays ! Car la France faut partie des pays vertueux. Ceux où l’inflation est la plus faible.

En effet, pour le FMI, la situation est extrêmement contrastée et d’après l’Institution, on peut classer tous les pays dans l’une ou l’autre de trois catégories. Celle où l’inflation se situe entre 50 et 500 % par an, celle où elle est entre 5- 10 % et plus, et celle où elle ne dépasse pas la barre de 5 %.

Dans la première, on trouve 6 pays, dont certains ne sont pas des moindres : le Venezuela, le Soudan, le Zimbabwe, la Turquie, le Yémen et l’Argentine.

Dans la seconde, on a près de 80 pays ! Dont, par exemple, les Etats-Unis (8,5%), le Canada (6,8 %), la Grande-Bretagne (9%), l’Espagne (10 %), l’Italie (6,7%) ou l’Allemagne (7,3%). Plus loin vers l’Est, l’inflation dépasse, par exemple, 20 % en Russie, 11 % en Pologne, 9,5 % en Hongrie.

Reste les autres, dont la France, ils sont quand même 60, mais jusqu’à quand ! D’autant que pour ce qui concerne la France, indépendamment du choix du panel des produits observés ;  lequel peut varier considérablement ; le niveau actuel de prix a été artificiellement contenu par la remise à la pompe et le bouclier tarifaire. Les experts estiment que sans ces mesures de contrôle des prix, le taux d’inflation serait, en réalité, de l’ordre de 6,8 %.

Quant à la Chine, pour l’instant, elle est largement épargnée, car son inflation, même en forte hausse, n’est encore que de 1,5 %.

 

Les trois grandes causes de l’inflation

Pourquoi cette forte poussée des prix ?  Trois facteurs peuvent l’expliquer. Deux sont d’ordre conjoncturel et un, d’ordre structurel.

Les facteurs conjoncturels de l’inflation

Ils sont connus. Si on a de l’inflation, aujourd’hui, c’est à cause de la guerre en Ukraine et du covid-19. D’un côté, on a ouvert les vannes du « quoi qu’il en coûte ».  Autrement dit, on a fait fonctionner la « planche à billets » à pleine régime. Et on continue d’ailleurs. De l’autre, il faut s’accommoder des restrictions, ou des pénuries, imposées par le conflit ukrainien.

Les facteurs conjoncturels de l'inflation: la guerre en Ukraine
Les facteurs conjoncturels de l’inflation: la guerre en Ukraine

Le facteur structurel de l’inflation

Depuis de nombreuses années, les banques centrales du monde entier soutiennent avec acharnement la croissance économique. Elles le font principalement avec des mesures de « quantitative easing« . Qu’est-ce que ça veut dire en clair ?

Eh bien que les  banques centrales injectent en permanence de la monnaie supplémentaire dans le circuit économique. Elles le font en rachetant des paquets d’obligations vendues par les banques privées en contrepartie de leurs prêts. Par ailleurs, elles maintiennent leurs taux directeurs à des niveaux extrêmement bas, voire négatifs !

Moyennant quoi, comme les occasions de faire de bons investissements ne sont pas si nombreuses que ça, une masse considérable, et toujours croissante, de monnaie circule, d’une place de marché à l’autre, au gré des vents et des courants spéculatifs.

Le facteur S

Or, la combinaison des trois facteurs est tout simplement explosive et constitue en soi un quatrième facteur, le facteur S. Il correspond à la Surchauffe que les interactions entre les trois facteurs produisent et qui génère en tant que telle une source nouvelle d’inflation.

Bref, est-ce grave, Docteur ? Oui, c’est grave.

Effets à court, moyen et long terme

Vraiment ? dites-vous. Vous êtes sûr ?  C’est que, voyez-vous, on ne veut pas vous vexer, mais comme, de l’inflation, on en avait pas avant, ou très peu, il est légitime de penser que lorsqu’il n’y aura plus ni Covid, ni guerre en Ukraine, et ça arrivera forcément, on n’aura plus non plus d’inflation.

Les choses reviendront à la normale. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Le gouverneur de la Banque de France a bien raison. Et on aura la satisfaction d’avoir fait face avec honneur et dignité à une terrible situation.

Ce n’est pas faux quand on considère, par exemple, que le conflit ukrainien compte pour au moins deux points dans l’inflation constatée. Sauf qu’on peut voir aussi les choses différemment et considérer qu’il y a des « allers » sans « retours » possibles.

Dans ce cas, c’est l’esprit même de la mondialisation qui est atteint. C’est grâce à elle et à ses délocalisations qu’on pouvait bénéficier jusqu’à présent de bas prix. Mais, la crise sanitaire et la guerre en Ukraine viennent de remettre brutalement en cause ce schéma et de rebattre les cartes.

Coup dur pour la mondialisation

Les interconnexions avec l‘économie russe ne seront plus ce qu’elles étaient et les pénuries constatées pendant la crise sanitaire ont montré des dépendances dangereuses pour les « cigales » imprévoyantes.

En deux mots, il y a de fortes chances pour que plus rien ne soit, en fait, comme avant et pour que la hausse des prix s’installe durablement. D’ailleurs, les banques centrales en ont bien conscience puisqu’elles s’apprêtent toutes à relever leurs taux directeurs pour essayer de la contrer.

Immeuble BCE Francfort. Coup dur pour la mondialisation
Immeuble BCE Francfort. Coup dur pour la mondialisation

Ce qui aura  comme premier effet d’entraîner une hausse généralisée des taux d’intérêt bancaires. Eh oui, il ne sera plus aussi facile d’emprunter pour acheter un bien immobilier ou pour faire un investissement, spéculatif ou non, avec une perspective de rentabilité douteuse.

Et à titre anecdotique, la dernière édition du forum de Davos, haut lieu, s’il en est, de la mondialisation « heureuse », n’a pas eu cette année le même impact auprès des décideurs que pendant les années fastes. Ils n’étaient, cette année, que 2500 à descendre dans la petite station suisse.

Coup dur pour les pensions de retraite et les autres revenus des retraités

Bon, tout ça c’est toujours bon à savoir, mais qu’est-ce que ça fait pour mes pensions de retraite ? Eh bien, en un mot comme en dix, ça en diminue le pouvoir d’achat.

Comme il a déjà été bien écorné depuis dix ans, si rien n’est fait pour le protéger, avec les taux d’inflation actuels, c’est une descente aux enfers assurée.

En 25 ans, on considère, en effet, que le pouvoir d’achat des retraités non-cadres a baissé de 7,5 % et celui des cadres de 12,5 %. Mais, par chance, jusqu’à présent, ils ont pu compenser cette baisse, surtout pour ces derniers, par de judicieux placements, pour la plupart défiscalisés, dans un contexte à taux d’inflation zéro.

Demain, cette compensation risque bien d’être insuffisante.  Tous les retraités vont donc devoir lutter pour maintenir leur pouvoir d’achat. Et cela pour  l’ensemble de leurs revenus et pas seulement pour leurs pensions de retraite.

Comment se protéger contre les effets de l’inflation quand on est retraité ?

Attendre les mesures correctives des pouvoirs publics ?

Une des premières mesures attendues des pouvoirs publics, car la plus simple, est l’indexation des pensions de retraite sur l’inflation comme pour le smic. De fait, après une revalorisation, en janvier dernier, de 1% des retraites les plus modestes et de 0,3 % pour les autres, les retraités attendent, à juste titre, avec impatience la revalorisation de l’ordre de 4 % promise par le nouveau gouvernement dès le mois de juillet.

Ce que dit la loi sur la revalorisation des retraites

Or, si on s’en tient aux textes en vigueur, notamment, à l’article L  161 – 23 -1 du code de la sécurité sociale, modifié par l’article 41 de la loi du 30 décembre 2017, cette indexation existe déjà, de même que le coefficient applicable.

Code de la sécurité sociale
Code de la sécurité sociale

En effet, l’article L161-23-1 dit :

Le coefficient annuel de revalorisation des pensions de vieillesse servies par le régime général et le régimes alignés sur lui est fixé, au 1er janvier de chaque année, par application du coefficient mentionné à l’article 161-25.

Lequel article 161-25  dit expressément :

La revalorisation annuelle des montants de prestations dont les dispositions renvoient au présent article est effectuée sur la base d’un coefficient égal à l’évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation, hors tabac, calculée sur les douze derniers indices mensuels de ces prix publiés par l’Insee l’avant-dernier mois qui précède la date de revalorisation des prestations concernées.

De plus, il ajoute :

Si ce coefficient est inférieur à un, il est porté à cette valeur.

Pour mémoire, l’inflation mesurée par l’Insee en novembre 2021 a été de 2,8 %. Pour ce qui est de la revalorisation du mois de janvier dernier, le compte n’y est donc pas.

Autrement dit, pour maintenir le pouvoir d’achat des pensions de retraite, il suffirait d’appliquer la loi votée le 21 août 2003 portant de manière explicite sur la revalorisation des pensions de vieillesse.

Une loi difficile à appliquer

Mais, du fait d’un système de retraite basé sur la répartition, le financement des revalorisations dépend naturellement des cotisations acquittées par les générations en âge de travailler.

Et on comprend bien que la combinaison d’un déséquilibre entre les tranches d’âge et les conséquences d’une inflation de plus en plus sensible puisse se traduire, à la fois par des mesures de modération des revalorisations et d’allongement de l’âge de départ à la retraite.

En effet, pour ne prendre que cet exemple, une revalorisation des pensions de retraite totalement alignée sur l’inflation et un âge de départ à la retraite ramené vers 60 ans est tout simplement insoutenable. En tout cas, dès lors que l’inflation propulse de même le « poids » du service de la dette vers des sommets et obère d’autant les capacités de l’Etat à faire face aux besoins des services publics tels qu’ils sont.

Bref, il ne faut pas s’attendre à ce que les mesures d’indexation des pensions de retraite permettent de compenser entièrement les effets de l’inflation. Pour les retraités, ça signifie qu’outre les votes de soutien aux politiques favorables à toute mesure d’indexation, il faut également envisager d’autres actions de compensation.

Modifier ses habitudes de consommation

Une des premières façons de lutter contre les effets de l’inflation, c’est de modifier ses habitudes de consommation. Et pour ça, rien ne vaut la chasse aux promos et aux gaspi. Comment on fait ? C’est simple.

Pour les promos, on les piste sur les produits qu’on a l’habitude d’acheter.  Et quand l’occasion se présente, on les achète.  Autant que possible, en grande quantité, puis, on les stocke.

Evidemment, on peut se contenter des promos proposées par ses magasins habituels, mais on peut aussi systématiser la démarche en utilisant des applis spécialisées telles que anti-crise.fr .  Sans oublier les facilités offertes par les cartes spécial seniors.

Modifier ses habitudes de consommation
Modifier ses habitudes de consommation

Quant aux gaspi, on peut leur faire la chasse en s’aidant d’appli comme too good to go . Ce qu’il y a de bien avec la chasse anti-gaspi, c’est que si c’est bien pour le porte-monnaie, c’est bien aussi pour la planète.

Et puis, si on n’y arrive vraiment pas, ou si on veut optimiser toutes ces nouvelles façons de faire, on peut aussi y avoir recours dans un pays plus favorable aux retraités que la France. Si, si, il y en a

Ou encore, si on ne veut pas s’expatrier et qu’on est locataire, il ne reste plus qu’à changer de domicile. Car l’IRL, l’indice de référence des loyers, de l’Insee, du 1er trimestre 2022 qui détermine la revalorisation de beaucoup de loyers vient de passer à +2,48 %, contre +1,61 % au 4ème trimestre 2020.

Et ça ne va pas s’arranger dans les mois à venir !

Trouver de nouvelles sources de revenu

En plus de tout ce qui précède, les retraités soucieux de ne pas être victimes d’une inflation galopante ont donc tout intérêt, s’ils le peuvent, à envisager les activités pouvant entrer dans le cadre d’un cumul emploi retraite.

Ce peut être des activités proches de celles qu’ils ont exercées ou complètement différentes et liées à leurs hobbies comme, par exemple, la vente de tableaux. A condition bien sûr, dans ce domaine ou dans d’autres, d’être plus que de bons amateurs.

 

Menaces bien réelles sur le pouvoir d’achat des retraités

Jusqu’à présent les retraités, « boomers » pour la plupart, ont pu bénéficier, en général, d’un pouvoir d’achat plutôt confortable. Mais, avec la généralisation d’une inflation à un niveau élevé et un déséquilibre grandissant entre les tranches d’âge, la situation est en train de changer de manière radicale.

Bien que des mécanismes d’indexation aient été prévus par la loi, ceux-ci sont très difficile à mettre en œuvre dans leur intégralité. Il revient donc aux retraités d’agir de telle sorte que les menaces pesant sur leur pouvoir d’achat puissent être atténuées. Voire supprimées.

Pour ce faire, il leur faut :

  • Revoir leurs habitudes de consommation.
  • Réexaminer leur allocation d’actifs, s’ils en ont.
  • Ne pas hésiter à cumuler les revenus d’une activité avec leur retraite, quand ils le peuvent.
  • Se demander s’il ne vaut pas mieux pour eux prendre leur retraite à l’étranger. Dans un pays où le coût de la vie est moindre qu’en France.

En résumé, sans jouer les oiseaux de mauvais augure, il est conseillé aux retraités de commencer à bien réfléchir aux conséquences sur leur pouvoir d’achat d’un contexte avec une inflation élevée, des tensions intergénérationnelles et des revenus en berne.

Et à veiller à ne pas se laisser abuser par des déclarations lénifiantes. De ce point de vue, rechercher des informations dignes de foi n’est plus un passe-temps, mais une nécessité absolue et un bon remède à l’anxiété.