L’âgisme est-il une forme de discrimination ?

L'âgisme est-il une forme de discrimination ?

On peut se le demander à la lecture du dernier plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine tel qu’il vient d’être présenté par le gouvernement.

L’âgisme est pourtant un sujet d’importance. De plus en plus de seniors n’osent plus sortir de chez eux par crainte de mauvaises attitudes à leur égard. Cette situation pousse de nombreux d’entre eux à accélérer leur entrée dans un Ehpad.

Et cela, malgré les nouvelles inquiétudes que cette entrée peut susciter. Alors que faire ?

 

Aperçu en quelques titres

Rappel des différents aspects de l’âgisme

Définition de l’âgisme

Commençons par rappeler la définition de l’âgisme. Pour le Larousse, c’est clair comme de l’eau de roche. C’est dit-il

Une attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées.

Quelles sont les causes de l’âgisme ?

Pourquoi méprise-t-on les « vieux » ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit quand on parle de discrimination ou de ségrégation. Et qui les méprise ? Les premières causes de l’âgisme sont étroitement liées aux difficultés physiques et psychologiques qui accompagnent le vieillissement.

 

Rappel des différents aspects de l'âgisme
Rappel des différents aspects de l’âgisme

« On » n’aime pas les « vieux » parce qu’avec leurs handicaps ils gênent. Ils sont lents « à la détente », comme on dit familièrement. Mais, ce n’est pas tout. Ils gênent parce qu’ils renvoient aussi à une fin de vie qu’on voudrait oublier.

 

Quelles sont les conséquences de l’âgisme ?

De fait, quand on considère qu’au bout du bout rien n’est grave et que tout est égal, que ce qui compte c’est de profiter de la vie autant qu’on peut, ce qui est un peu la marque des sociétés modernes, les seniors peuvent facilement devenir des obstacles à la libre expression du moi.

Evidemment, quand on ne fait pas soi-même partie de la catégorie incriminée. Quoiqu’on puisse trouver des « vieux » qui font de l’âgisme à l’égard d’autres « vieux ». Comble du comble !

Le senior victime de l’âgisme est donc une personne dont on peut se moquer, qu’on peut injurier, qu’on peut maltraiter, pratiquement en toute impunité. « Eh, comment elle va la p’tite dame ? » ou « Le petit monsieur, il va pouvoir aller chercher ses lunettes maintenant ! »

Combien d’expressions comme celles-ci sont là pour rappeler quotidiennement aux seniors qu’ils sont une catégorie à part et qu’avant de quitter ce monde, ils n’en font déjà plus partie.

 

Les ambitions du plan national de lutte

On n’aurait donc pu s’attendre à ce que la nouvelle phase du plan national de lutte contre les discriminations aient fait au moins une allusion à l’âgisme dont sont victimes les seniors, les « aînés », « les personnes âgées », on ne sait pas trop comment les appeler, bref, les « vieux ».

 

Les ambitions du plan national de lutte
Les ambitions du plan national de lutte

N’ayons pas peur du mot. Vieillir fait partie de la vie. Il y a un temps, où on est « jeune » et un temps où on est « vieux ». Ce ne sont là que des phases d’une vie, elle-même très brève. On peut faire sienne cette antienne repris quasiment par tous les mystiques :

Tout passe sur la terre. Le temps est court.

 

Détails des cinq ambitions du plan de lutte contre les discriminations

Faisant l’impasse sur l’âgisme, la nouvelle phase du plan national de lutte contre les discriminations vie donc à mieux observer statistiquement les discriminations en question. C’est déjà ça. Puis, à revoir le vocabulaire employé par les uns et les autres.

Principalement, dans le cadre public. Le plus ouvert aux injonctions de ce type. Par la force des choses. Mais, pas que. On le voit, par exemple, avec la propagation quasiment virale des lecteurs de sensibilité dans le milieu de l’édition.

Et dans le cadre public, s’il y a un secteur encore plus propice que d’autres à la diffusion de la bonne parole antidiscriminatoire, c’est bien celui de l’éducation. Programmes scolaires remaniés et visites mémorielles adéquates sont donc largement prévus.

Quant  à ceux qui n’auraient toujours pas compris, le panel des sanctions ne cesse de s’élargir. Bon, et puis, en bonne administration publique, un plan sans accompagnement et sans pédagogie n’est pas un bon plan. Donc des mesures d’accompagnement sont prévues pour les victimes.

Tout ça sous l’égide de la Dilcrah.

Mesures à prendre par les seniors

Mesures à prendre par les seniors
Mesures à prendre par les seniors

Revenons aux seniors et à la lutte contre l’âgisme. Elle est largement entre les mains des seniors eux-mêmes et de leur entourage. En plus de ce qui vient d’être dit sur le nouveau plan de lutte contre les discriminations, les discussions autour de l’euthanasie et des enquêtes comme celle de Victor Castanet ne peuvent, en effet, qu’y inciter.

 

Les précautions à prendre : une certaine façon de se voir et de se faire voir

Comme les seniors n’ont guère à attendre de mesures collectives capables de les soustraire aux différentes formes d’âgisme dont ils peuvent être les victimes, c’est à eux de faire en quelque sorte le nécessaire, si tant est qu’ils le peuvent.

A noter tout d’abord, qu’à une époque où la considération pour les personnes âgées existaient encore naturellement du fait de l’éducation reçue, familialement et collectivement, l’âgisme était un phénomène parfaitement marginal.

 

Répondre à l’âgisme par la fuite

Les seniors confrontés à l’âgisme ont tendance soit à « grogner », soit à se montrer « complaisant ». En général, dans l’un ou l’autre cas, ils sont toujours perdants. « Hurler  » sur l’auteur d’un acte d’âgisme ne fait que l’exciter davantage. Lui dire que « ce n’est pas grave » l’excite tout autant.

La seule façon de « gérer » l’ingérable, c’est de prendre la fuite. Sans tambours, ni trompettes. De ce point de vue, un petit livre écrit, en 1976, par Henri Laborit (1914-1995), médecin et neurobiologiste, intitulé « éloge de la fuite « , explique pourquoi et en montre les effets bénéfiques.

En bref, il y a ainsi des situations où il n’y a pas d’autre solution valable que celle de s’y soustraire en prenant la « tangente ». A défaut, c’est le stress assuré avec toutes ses conséquences pathologiques et autres. On peut suivre l’actualité de la pensée d’Henri Laborit en se rendant sur le site web « elogedelasuite.net« .

 

Restaurer ou préserver les liens familiaux

Les temps modernes ne sont guère favorables aux liens familiaux. Privilégiant l’individualisme et le consommateur-roi, ils ont même tendance à les distendre le plus possible et à les considérer comme des entraves inadmissibles à la liberté individuelle.

Ce qui se traduit par deux travers pour les jeunes générations qui s’y laissent prendre, oubliant qu’elles seront vieilles, elles aussi, un jour. Le premier c’est de ne considérer les vieux parents que comme une agence pour services en tout genre. Le second, de ne voir en eux qu’une gêne ou un embarras.

C’est à ce stade qu’il convient d’engager, si possible, une réflexion commune, parents-enfants, fondée sur les principes des cercles restauratifs. C’est une technique mise au point dans les années 90 par Dominique Barter pour résoudre les problèmes de violence dans les favelas brésiliennes.

Depuis, elle s’est appliquée à de multiples autres domaines, notamment celui de la résolution de conflits entre proches.

Recourir à des services comme le service civique solidarité seniors

Reste qu’avec l’âge, la mobilité mentale et physique fait de plus en plus défaut. C’est ainsi. Il peut donc se révéler tout simplement impossible de mettre en œuvre quelque stratégie personnelle anti-âgisme que ce soit, sans aide extérieure.

C’est là que le recours à des services comme le service solidarité seniors ou ce que proposent les petits frères des pauvres peuvent se révéler bien utiles.

 

Faire face à l’âgisme, en bref

L’âgisme en tant que forme particulière de discrimination n’est pas près de disparaître. Tout pousse, au contraire, à son renforcement : le nombre croissant des personnes âgées, le problème de financement des retraites, la « gestion » de la pyramide des âges, etc.

De fait, outre les actions que peuvent mener par eux-mêmes les seniors pour essayer d’endiguer les manifestations récurrentes de l’âgisme, reste sans doute à inventer un nouvel art d’être grand-père ou à développer un nouveau type de relation jeunes-vieux.