L’euthanasie, bientôt une réalité en France grâce à la convention fin de vie ?

L'euthanasie, bientôt une réalité en France ?

On s’y avance tout droit et presqu’à marche forcée. Le moteur en est la convention citoyenne fin de vie, lancée fin 2022, et dont l’avis doit être rendu le 19 mars 2023. Mais, on en connaît déjà les grandes lignes. Elles sont toutes favorables à la légalisation de l’aide active à mourir. Le sujet fait frémir, à juste titre. L’enquête menée dans les Ephad par Victor Castanet montre à quelles dérives inhumaines peut conduire, là comme ailleurs, une conception très comptable de la gestion des populations.

Aperçu en quelques titres

La convention citoyenne fin de vie : un mécanisme bien rodé

La convention citoyenne fin de vie
La convention citoyenne fin de vie

19 mars 2023 : fin de la convention citoyenne sur la fin de vie

La publication de l’avis définitif de la convention citoyenne a été prévue pour le 2 avril 2023. La convention fin de vie se sera réunie au CESE pendant 9 week-ends à partir du 9 décembre 2022.

D’une manière générale, quasiment tous les participants, autrement dit, pratiquement tous les 183 conventionnels, choisis au hasard, sont d’accord pour faire évoluer les choses.

Mais évoluer comment ?

En tout cas, certainement pas en laissant de côté le développement des soins palliatifs. Bien au contraire. 97 % des votants y  sont, en effet, favorables. Et cela indépendamment d’une éventuelle légalisation d’une aide active à mourir.

Ils verraient même d’un très bon œil l’inscription, dans la loi, d’un droit opposable à l’accompagnement à la fin de vie et aux soins palliatifs et cela quoi qu’il en coute.

C’est déjà ça !  Mais qu’en est-il de l’aide active à mourir à laquelle les conventionnels sont également favorables dans leur très grande majorité ? De toute façon, le gouvernement qui mène par ailleurs ses propres consultations a bien l’intention de conduire sa « barque » comme il l’entend.

De fait, il n’est en rien tenu par les propositions de la convention.

Un fonctionnement orienté ?

Pour autant, certains commentateurs n’ont pas manqué d’observer que les 183 participants ont baigné dans une atmosphère largement acquise à l’élargissement de l’aide active à mourir.

Rôle du CESE et de son président Thierry Beaudet

Ne serait-ce, pour commencer, que par le choix du lieu pour en débattre. Nul ne peut ignorer que le CESE est présidé depuis 2021 par Thierry Beaudet. Ce dernier s’affirme volontiers comme un fervent partisan de la culture du compromis. Juste après les dernière élections législatives, il déclarait ainsi dans les colonnes du JDD :

Sortons des logiques de blocs pour adopter une culture du compromis et de la convergence. Cette culture existe déjà largement dans nos territoires, elle s’incarne quotidiennement dans notre dialogue social et elle est la matrice du Conseil économique, social et environnemental, cette assemblée de la société que j’ai l’honneur de présider.

Ce qui pourtant ne parvient pas à faire oublier une tribune du même Thierry Beaudet, pas encore président du CESE, mais président quand même de la Mutualité française, dans le même journal, en janvier 2020. Il y donnait son point de vue sur la question spécifique de la fin de vie. Entre autres, il y déclare sans ambages  :

Il y a plusieurs façons de comprendre la dignité, qui peuvent d’ailleurs être très antagonistes. Il en est une qui fait de la « vie » une vertu cardinale, un principe intouchable. Celle-ci restreint la liberté individuelle face aux aléas de la vie, y compris ceux qui conduisent à une douleur ou à une situation inhumaines. Cette acception de la dignité interdit de modifier par quelque manière que ce soit le cours de la vie, aussi accidenté et insupportable soit-il.

Il est une autre acception de la dignité qui, au contraire, revendique l’autonomie et le libre arbitre face à ces mêmes aléas. Cette acception invite à intervenir- par la science et la médecine – à tous les moments de la vie, de la naissance à la mort. C’est cette acception que je défends.

On ne saurait être plus clair. Ajoutons qu’au delà du discours moral faisant la part belle à l’auto détermination, Thierry Beaudet rappelle, sans fard, que de toute façon cette question doit être débattue « au nom de la responsabilité ».  Car, rappelle-t-il dans la même tribune :

Avec l’augmentation de la durée de la vie, elle se posera de manière lancinante.

Moyennant quoi, les conventionnels ont été dûment préparés pour fournir la meilleure prestation possible. Ainsi, on n’a lésiné, ni sur la documentation, ni sur la qualité des intervenants.

Les biais documentaires orientant les débats de la convention fin de vie

En effet, l’organisation des débats de la convention fin de vie dans les locaux du CESE présidé par Thierry Beaudet peut être suspectée de parti pris. Notamment, par les esprits chagrins qui voient d’un mauvais œil toute évolution de la législation concernant la fin de vie.

De fait, comme le note la revue numérique Aleteia, les informations transmises aux membres de la convention fin de vie peuvent paraître bien déséquilibrées.

Ainsi, la bibliographie qui a été fournie à des membres forcément peu informés, puisque non spécialistes et tirés au sort, montre une singulière surreprésentation d’ouvrages favorables à l’euthanasie au nom du droit à mourir dans la dignité.

Il en est de même des dizaines d’experts appelés à présenter leurs conclusions ou leurs préconisations devant les conventionnels.

Ou encore, des nombreux aller-retour, au moins un tous les 15 jours, entre les conseillers de l’Elysée, désignés pour suivre les débats et en rendre compte auprès des instances gouvernementales, et les membres de la convention fin de vie.

Par ailleurs, aucune visite d’unité de soins palliatifs n’a été organisée à leur intention. Dans ces conditions, qu’ils aient pu néanmoins exprimer une volonté de développer « quoi qu’il en coûte » ces unités est tout à fait remarquable.

Le sens à donner à la légalisation de l’aide active à mourir

Réalité du slogan « mourir dans la dignité « 

Sous le slogan « mourir dans la dignité », popularisé depuis longtemps par l’association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), les « supporters » d’un élargissement significatif du cadre législatif pour faciliter le suicide assisté sont très actifs.

En témoigne, par exemple, une tribune, dite « Manifeste des 109 pour faire évoluer la loi » publiée dans l’Obs, le 15 mars 2023 et co-signée par 109 partisans de cette évolution. En tête des cosignataires, on trouve des personnalités aussi connues que Nathalie Baye, Eric Cantona ou encore Christian Estrosi.

Le sens à donner à la légalisation de l'aide active à mourir
Le sens à donner à la légalisation de l’aide active à mourir

De quoi le droit à mourir dans la dignité peut-il être le nom ?

De nombreux exemples de ce qu’on peut appeler de l’acharnement thérapeutique ont alimenté et continuent à alimenter les prises de position des promoteurs d’un élargissement des conditions requises pour pratiquer le suicide assisté. Car, quoi qu’on en dise, elles existent et on ne part pas de rien.

Or, si on prend la peine de neutraliser le côté émotionnel qui entoure bien évidement tout discussion relative à ce sujet, on se rend compte que derrière l’expression « droit à mourir dans la dignité » peuvent se cacher des intentions, plus ou moins avouées, qui ouvrent la voie à des réalités qui peuvent poser question.

On en a eu une idée avec la tribune de Thierry Beaudet de janvier 2020, citée plus haut. Il peut ainsi s’agir, « en responsabilité », là comme ailleurs, d’accélérer une sorte de rééquilibrage démographique. De ce point de vue, qui ne peut être écarté, on entre alors dans les terres sulfureuses d’un eugénisme, d’origine comptable, qui ne veut pas dire son nom.

Conditions de mise en œuvre d’une fin de  vie ouvrant la voie à une euthanasie

De plus, concrètement, qui décide réellement dans ce cas qu’il est temps de « partir » ? Le patient en fin de vie ? Plus ou moins conscient, à qui on a fait signer une autorisation, quand et comment.  Ou son entourage ? Et quel entourage ? Familial ? Médical ? Quelles personnes, avec leurs humeurs et leurs préjugés, derrière les titres familiaux ou médicaux ?

Autrement dit, où est réellement la sacro sainte auto-détermination du patient ?  A plus forte raison quand il fait partie de ces centaines de milliers de seniors isolés. Ceux suivis et décomptés par les petits frères des pauvres. 

On voit bien qu’au delà des mots et des postures, la logique du développement des unités de soins palliatifs est totalement différente. Elle est, en effet, plus en phase avec les fondements judéo-chrétiens et gréco-romains de la civilisation occidentale.

C’est celle du droit à vivre dans la dignité jusqu’au bout de la vie.  Ce n’est pas celle d’un droit à mourir qui peut être factice  quand le « encore vivant », autrement dit, l’agonisant, finit par déranger.

Dans son livre, intitulé, « Docteur, ai-je encore le droit de vivre encore un peu ? », Tugdual Denis ne dit pas autre chose.

Le droit à mourir est une question fondamentale d’ordre civilisationnel

On peut dire que l’Histoire a commencé avec les premiers rites funéraires et donc avec la façon de mourir. De ce point de vue, en faire un élément soumis à un vote, dont les calculs politiciens ne sont pas absents, ne peut être que discutable.

Quelle que soit la suite  donnée aux conclusions de la convention fin de vie, d’évidence, si elles aboutissent à une forme d’eugénisme, elles seront, quoi qu’on en dise, un nouveau marqueur d’ordre civilisationnel. Et, à coup sûr, elles constitueront une rupture par rapport aux racines de la civilisation occidentale.

Georges Bernanos disait :

Les civilisations sont mortelles. Les civilisations meurent comme les hommes, et cependant, elles ne meurent pas à la manière des hommes. La décomposition, chez elles, précède leur mort, au lieu qu’elle suit la nôtre.