Ok, boomer, qu’est-ce que ça veut dire ?

Ok, boomer, késako ?

L’expression « Ok, boomer » fait aujourd’hui florès. Elle a fait le buzz en novembre 2019 quand la jeune députée néo-zélandaise, Chloé Swarbrick, l’a utilisée à la tribune de la chambre des représentants pour faire taire un de ses opposants. Son tort ? être beaucoup plus âgé qu’elle et oser l’interrompre ! Mais, « ok, boomer »  faisait déjà partie du vocabulaire branché depuis un bon moment déjà. Depuis, au moins  une vidéo parue en juillet de la même année sur tik tok pour ce qui est de sa popularité. Et depuis 2018, pour ce qui est de sa genèse. Que signifie-t-elle exactement ?  Quel impact peut-elle avoir sur les seniors ?  Comment peuvent-ils s’en défendre ? Et d’abord, c’est quoi les boomers ?

 

Les boomers, c’est quoi ?

Pendant longtemps, « boomer » n’a été qu’une donnée démographique et un raccourci pour signifier « baby-boomer ». Autrement dit, pour les démographes, les boomers, ce sont les enfants nés entre 1945 et 1965.

La seconde guerre mondiale terminée, les familles reconstituées, un vent d’optimisme a balayé le pays et le taux de natalité s’est envolé. Ces circonstances ont beaucoup fait pour alimenter l’épopée des « trente glorieuses« .

Les boomers, c'est quoi ?
Les boomers, c’est quoi ?

Ces années ont été  synonymes de prospérité et la génération des baby-boomers en a largement profité. Puis, la génération Z, pour les enfants nés à la fin des années 70, et la génération des « millenials », pour ceux nés après 2000, leur ont succédé.

Et, désormais âgés, les baby-boomers forment les bataillons de sexagénaires et de septuagénaires. D’où l’expression boomers, plutôt que baby-boomers, qui leur est accolée.

Ainsi, au premier janvier 2022, les 65 ans et plus constituaient 21 % d’une population totale évaluée à près de 68 millions d’habitants. Chiffre qui est, d’ailleurs, appelé à croître sensiblement dans les prochaine années.

Comme toujours, un changement significatif dans les poids démographiques respectifs des tranches d’âge a des conséquences politiques, économiques et sociales. On peut dire que la démographie commande, en quelque sorte, les attitudes, c’est-à-dire, les regards portés sur les uns et les autres.

Longtemps baby-boomers, aujourd’hui, boomers, mués en seniors, les sexagénaires et les septuagénaires, bientôt octogénaires, ont conservé, pour beaucoup, les mentalités de leur jeunesse et de leur maturité. Or, ces mentalités ne sont pas forcément du goût des générations qui les ont suivis.

C’est cet écart générationnel, pour ne pas dire plus, que traduit l’expression « Ok, boomer ». Comme le dit de manière un peu alambiquée et un peu rapide ; on verra pourquoi ;  un dictionnaire du web :

On prête aux personnes qualifiées de boomers des idées rétrogrades, dépassées ainsi qu’une réticence au changement. Le terme boomer est donc en train de devenir stigmatisant dans un contexte de conflit de génération.

 

Signification de l’expression « OK, Boomer »

Traduction de « Ok, Boomer »

Le fait est qu’avec l’arrivée de la génération Z et des millenials, accompagnée de l’émergence de nouvelles problématiques économiques et sociales, beaucoup moins porteuses, le regard sur les baby-boomers, les boomers d’aujourd’hui, a énormément changé.

Ce nouveau regard est naturellement surtout celui des nouvelles générations. S’il est traditionnellement, ou souvent, critique envers les ainés, il a pris cette fois  un tour nouveau, plus agressif, avec l’usage de l’expression « Ok, boomer ».

En effet, dire à un senior, « Ok boomer », c’est littéralement lui dire de « la fermer ». On peut, bien sûr, trouver d’autres traductions, mais elle ne sont guère plus amènes. Quoi qu’il en soit, on en conviendra facilement, tout cela n’est pas, en général, particulièrement sympathique.

Et, il convient de le signaler, ce parti pris « âgiste » ne date que de quelques années seulement.

Le contexte de sa genèse

En effet, on peut dater la première formalisation de l’expression « Ok boomer » avec la diffusion d’une vidéo sur le réseau social Tik Tok, un des réseaux préférés de la génération Z. Depuis, son utilisation s’est généralisée après le buzz créé par l’intervention intempestive de la députée néo-zélandaise.

En fait, avant Chloé Swarbrick, l’expression « Ok, boomer » était encore relativement confidentielle. Elle était surtout utilisée par les jeunes particulièrement engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique, à l’instar de Greta Thunberg. Façon pour eux de répliquer aux boomers les accusant d’être des « snowflakes« , autrement dit, des « petites natures« .

Mais, après Chloe Swarbrick ;  on la voit dans le clip vidéo ci-dessus ; l’expression s’est généralisée comme une trainée de poudre. Chloé fait partie de la génération Z. Elle est née en 1997 et elle a été élue au Parlement de Nouvelle-Zélande en 2017 où elle représente le Parti vert. Elle en est aussi une des porte-paroles.

En novembre 2019, dans une vidéo devenue virale, elle répond d’une manière expéditive à un autre parlementaire, qui cherche à la déstabiliser, par un « Ok, boomer » sans appel. Au-delà de la réplique, il convient de comprendre ce qu’elle signifie au fond. Pour le New York Times, la cause est entendue :

Ok, boomer marks the end of friendly generational relations.

La parenthèse boomer

Rien de moins. Dans son dernier livre, « La parenthèse boomer », l’essayiste François de Closets, 88 ans « au compteur », explique pourquoi :

Les boomers ont ruiné la France !

En effet, les nouvelles générations vont, notamment, devoir faire face à une dette publique abyssale et à toutes les conséquences budgétaires d’un vieillissement accéléré de la population.

La parenthèse boomers

Alors même que les boomers sont détenteurs de plus de la moitié du patrimoine national et constituent, de ce fait, une classe de privilégiés. C’est ce qui explique, en partie, les réticences des pouvoirs publics pour revaloriser complètement les pensions de retraite en fonction de l’inflation.

Lesquelles naturellement voient leur pouvoir d’achat diminuer d’année en année, malgré les dispositions légales déjà existantes. Mais, les seniors constituent aussi un fort contingent électoral. Plus nombreux que celui des autres tranches d’âge et bénéficient, en plus, de nombreux relais dans les rouages institutionnels.

De sorte que pour les jeunes générations, les boomers, c’est un peu « après moi, le déluge« . D’où, la réplique « Ok, boomer », adressée à une génération accusée de tous les maux et de ne pas en être gênée le moins du monde.

 

Comment les seniors peuvent-ils s’en défendre ?

Evidemment, si les choses restent en l’état, le conflit intergénérationnel peut prendre de l’ampleur et s’ajouter aux nombreuses autres lignes de fracture qui traversent la société française. Pour l’éviter, François de Closets esquisse quelques solutions dans son livre.

On peut également rappeler aux jeunes générations, promptes à s’emballer et à chercher des boucs émissaires aux problèmes qu’elles rencontrent, que la réalité est éminemment plus complexe que ce à quoi tend à la réduire l’expression « Ok, boomers ». Bref, c’est un peu facile !

Différence entre senior et boomer

Car, une chose est certaine : un boomer est un senior, mais un senior n’est pas forcément un boomer. Question de mentalité !  Et par ailleurs, on peut avoir la mentalité d’un boomer sans être un boomer. C’est-à-dire en étant beaucoup plus jeune. Alors qu’est-ce que c’est que la mentalité d’un boomer ?

L'esprit de mai 68
L’esprit de mai 68

D’une manière générale, un boomer est un senior qui a gardé les attitudes de ses 20 ans. Ou les a adoptées, s’il est né bien après. Ce sont celles expérimentées à la fin des années 60 par une partie de la jeunesse.  Ce sont celles de mai 68, pour faire court. On peut les résumer par certaines des phrases choc de cette époque telles que :

  • Il est interdit d’interdire.
  • Sous les pavés, la plage.
  • CRS SS.
  • Soyez réalistes, demandez l’impossible.
  • Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.

L’esprit de mai 68

Ce que ça dit ? « On veut vivre notre vie sans entraves ». C’est-à-dire avoir les moyens de vivre, même si au début, on dit aussi ne pas vouloir perdre sa vie à la gagner. Et surtout, vivre sa vie comme on l’entend. En bref, vivre de manière hédoniste, matinée d’esprit solidaire. Moyennant quoi, c’est le règne du « moi-misme » et l’empire du Bien, selon Philippe Muray.

Seulement, voilà. Tous les seniors ne partagent pas cette façon de voir. Soit qu’ils ne l’ont jamais partagée, soit qu’ils aient fini par la rejeter. De sorte qu’il est parfaitement abusif d’assimiler senior et boomer.

Travail des boomers

Les seniors sont d’autant plus amers quand on leur rétorque « Ok, boomer » ou qu’on les accuse d’impéritie comme le fait François de Closets qu’ils ont le sentiment, dans leur immense majorité, de ne pas avoir failli.

Leur retraite, ils la doivent à leur travail et ils ont beaucoup cotisé pour la gagner. Pour eux, pas question de remettre en cause ce qu’ils ont durement acquis. C’est pourquoi ils sont très attachés à la « clause du grand-père« .

Rappelons de plus, que pour un certain nombre de seniors, le choix de carrière n’a pas uniquement été dicté par le niveau de rémunération, mais aussi par le statut. Dans ce cas, nombre d’entre eux ont accepté une rémunération relativement réduite pendant leur vie professionnelle en contrepartie d’un niveau de retraite garantissant leur niveau de vie.

Petites retraites

Les remarques de type « Ok, boomer » sont encore plus vivement ressenties quand elles sont adressées à des seniors qui ne disposent que du minimum vieillesse pour vivre. Loin d’être des privilégiés, ils doivent faire face, sans grands moyens, aux contraintes nouvelles que leur impose la vie moderne.

Raison pour laquelle, beaucoup d’entre eux vivent en reclus leur retraite. Selon un baromètre établi par les Petits frères des pauvres, 1,3 million de personnes âgées ne voient jamais ou quasiment jamais leurs enfants ou petits-enfants.

Pire, 500 000 d’entre elles ne voient jamais, ou quasiment, personne et sont, de ce fait, en état de mort sociale. Et loin de se ralentir, le phénomène s’accélère comme le montre le baromètre des Petit frères des pauvres.

A noter d’ailleurs que si on peut observer une corrélation entre le manque de ressources et l’isolement des seniors, il serait exagéré de faire de cette corrélation, un lien de cause à effet.

En résumé, une expression qui renforce l’âgisme

Quoi qu’il en soit, le succès de l’expression « OK, boomer » renforce une tendance déjà à l’œuvre depuis quelque années et qu’on qualifie d’âgisme. Les tensions intergénérationnelles ne constituent donc pas un phénomène nouveau.

En réalité, elles vont même quasiment de pair avec les différences d’âge. Surtout quand cette différence s’exprime dans un contexte où les valeurs propres à chaque génération divergent de plus en plus.

Outre le fait que l’âgisme peut se traduire par des comportements « limites », humainement difficilement acceptables, il peut avoir aussi des conséquences extrêmement dommageables sur le plan économique et social.

Le recours à un conseil des anciens

En effet, Il a notamment pour conséquence de couper les organisations, privées ou publiques, d’une source d’expériences souvent irremplaçables. De sorte que bien des erreurs coûteuses auraient pu être évitées si on avait pris la peine d’écouter les anciens.

C’est la raison pour laquelle, par exemple, dans les sociétés traditionnelles, il est normal de consulter un conseil des anciens pour toutes les questions relatives à la vie commune.

A partir de tels exemples, des municipalités, comme celle de Lutterbach, dans le département du Haut Rhin, se sont inspirées de cette tradition pour instituer elles aussi des conseils des anciens.

Comme quoi, plutôt que de stigmatiser inutilement les seniors, il est préférable de chercher à obtenir d’eux des conseils qui peuvent se révéler déterminants pour améliorer le bien-être de tous.

N’oublions pas le proverbe :

"Ton aîné d'un jour a plus d'astuce que toi"
« Ton aîné d’un jour a plus d’astuce que toi »